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Tester les traitements contre Ebola: un défi de taille

Lors d’une réunion d’information de responsables de l’ONU en novembre dernier sur le traitement des malades d’Ebola en Afrique occidentale avec des médicaments et des produits sanguins, une question a été posée maintes et maintes fois: «pourquoi cela prend-il autant de temps?».

Ces responsables voulaient savoir pourquoi les malades d’Ebola qui avaient été évacués vers l’Europe et l’Amérique du Nord avaient eu de meilleurs taux de survie que ceux qui étaient restés dans les pays touchés par la flambée, explique le spécialiste Martin Friede qui dirige l’équipe du transfert de technologie à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à Genève.

«Certains de ces patients ont reçu toute la panoplie des médicaments existants – absolument tout ce qui existait – mais nous ne savons pas ce qui les a aidés à se rétablir. Était-ce les soins cliniques ou était-ce autre chose?» explique-t-il.

«C’est pourquoi nous devons effectuer des essais cliniques pour déterminer quels médicaments sont sûrs et efficaces chez ces patients», estime M. Friede, ancien Vice-Président du secteur développement à la société californienne de biotechnologie Apovia Inc., qui est entré à l’OMS en 2003.

Depuis que l’OMS a annoncé le déclenchement d’une flambée d’Ebola en Guinée en mars dernier, l’institution spécialisée des Nations Unies pour la santé a reçu plus de 200 propositions de traitements de toutes sortes pour traiter la maladie à virus Ebola.

Certaines suggestions – comme avaler des sucs gastriques de vautours ou des extraits de racines de plantes ou encore porter des aimants – ont été écartées pour leur absence de fondement scientifique.

D’autres, y compris certains médicaments déjà homologués pour le traitement d’autres maladies, ainsi que des médicaments nouveaux spécialement destinés à Ebola qui étaient encore en cours d’élaboration, ont été donnés aux patients «à titre compassionnel». Jusqu’ici, toutefois, nous n’avons pas de données définitives permettant de dire que ces interventions sont efficaces ou sans danger chez les malades d’Ebola.

Compte tenu de la nécessité urgente de mettre au point d’autres traitements contre Ebola – le seul traitement actuellement recommandé étant le remplacement liquidien, l’équilibration électrolytique, et le soulagement des symptômes – l’OMS a pris la direction d’un effort international d’envergure pour tester les traitements potentiels.

Depuis le mois d’août dernier, l’institution des Nations Unies a organisé une série de réunions d’experts pour passer en revue les traitements potentiels contre la maladie à virus d’Ebola déjà en gestation.

Au 13 janvier 2015, on dénombrait 21 373 cas et 8468 décès en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone, les trois pays les plus touchés par l’épidémie.

Dans le passé, les flambées d’Ebola étaient souvent limitées à une seule communauté et étaient rapidement enrayées en détectant et en isolant les cas, en recensant les contacts et enterrant les morts avec précaution, raison pour laquelle on ne s’était guère intéressé à la mise au point de médicaments contre cette maladie.

Les essais cliniques de traitements potentiels contre Ebola ne peuvent être menés que durant une flambée, mais cela pose d’énormes problèmes.

«Nous n’avons trouvé que trois produits qui sont efficaces au stade expérimental et qui confèrent aussi une protection à 100% chez les singes infectés: le ZMAPP (un cocktail d’anticorps monoclonaux, les petits ARN à effet inhibiteur et les oligomères morpholino phosphorodiamidates, ciblant tous trois Ebola.

Mais nous ne savons pas si ces médicaments sont sûrs ou efficaces chez les patients infectés par Ebola et, de toutes façons, les stocks actuels sont inexistants ou en quantité si limitée qu’ils permettent uniquement d’effectuer des essais cliniques à petite échelle», déclare M. Friede.

«Nous avons donc établi une courte liste de médicaments réaffectés – c’est-à-dire de médicaments mis au point pour d’autres pathologies – y compris le favipiravir, le brincidofovir, le torémifène et les interférons, et nous réactualisons continuellement cette liste au fur et à mesure que de nouvelles données nous parviennent concernant d’autres médicaments.»

«Avec ces médicaments réaffectés, nous avons moins de problèmes d’approvisionnement, mais nous manquons de données cliniques sur leurs effets contre Ebola», déclare M. Friede, ajoutant que l’expérimentation de ces médicaments chez les animaux infectés par Ebola est freinée par le fait que les essais doivent être effectués dans des laboratoires de niveau de sécurité biologique 4, dont il n’existe qu’une poignée à travers le monde. Chacun de ces laboratoires ne peut s’occuper que d’un petit nombre d’animaux à la fois.

Le favipiravir a été mis au point par une société japonaise, la Toyama Chemical, pour traiter la grippe et certaines autres infections virales, et est actuellement testé en Guinée par une équipe de l’INSERM (Institut national de la Santé et de la recherche médicale) et de l’Université Paris Diderot en France, pour évaluer son innocuité et son efficacité chez l’homme dans le traitement d’Ebola. Si le favipiravir s’avère efficace contre Ebola, le gouvernement japonais a offert de fournir un million de traitements.

Un essai a été entrepris au Libéria le mois dernier sous la direction du Professeur Peter Horby de l’Université d’Oxford pour déterminer si le brincidofovir, un médicament antiviral mis au point par la société Chimerix basée aux États-Unis améliore les taux de survie chez les êtres humains infectés par le virus Ebola.

«Du fait que le brincidofovir fait encore l’objet d’évaluations dans le cadre d’études sur les animaux, nous devons continuellement réévaluer notre façon de voir – c’est un processus évolutif» précise le Pr. Horby.

Un problème majeur concernant cette molécule et d’autres traitements potentiels contre Ebola est d’assurer la disponibilité à un coût abordable des médicaments qui s’avèrent efficaces.

«Ce médicament ne sera pas mis à la disposition des malades tant qu’on n’aura pas effectué les essais. Mais nous ne voulons pas attendre d’avoir les données démontrant son efficacité pour entamer les discussions avec les sociétés pharmaceutiques et les bailleurs de fonds sur l’augmentation de la production et le prix,» ajoute Le Pr. Horby.

Selon une réunion d’experts internationaux des questions d’éthique organisée par l’OMS le 8 août 2014, dès l’instant où les médicaments expérimentaux – c’est-à-dire ceux qui n’ont pas été testés et approuvés pour une utilisation chez l’homme dans la lutte contre l’infection à Ebola – sont dispensés aux patients lors d’une flambée, «il existe une obligation morale de recueillir et d’échanger toutes les données obtenues».

«Malheureusement cela ne se passe pas toujours ainsi. Plusieurs médicaments, y compris l’amiodarone, les statines, les antihypertenseurs et même l’ozone intraveineuse ont été testés par des équipes médicales différentes» déclare M. Friede. Même si un certain nombre de données ont été recueillies, elles n’ont pas toujours été suffisantes pour que l’OMS puisse évaluer pleinement l’innocuité et l’efficacité de ces méthodes.»

«Les rapports concernant ces tests ad hoc qui n’ont pas toujours passé par les processus d’approbation officiels, ont suscité des débats sur les réseaux sociaux sur la question de savoir si les africains étaient utilisés comme cobayes humains», a-t-il ajouté.

Il y a aussi d’autres sujets de préoccupation. Tous les essais de traitement contre Ebola doivent être effectués dans des conditions rigoureuses de sécurité biologique, ce qui signifie que le personnel doit porter un équipement de protection complet. Ces essais exposent en effet les chercheurs qui pratiquent des transfusions sanguines à titre expérimental ou administrent des médicaments par voie intraveineuse à un risque d’infection.

«L’épidémie progresse en vagues et il y a des points chauds géographiques» déclare M. Horby, ajoutant que certaines des unités de traitement d’Ebola mises en place en tant que sites d’expérimentation, ne reçoivent plus suffisamment de patients. Cela peut occasionner des retards s’il faut préparer de nouveaux sites, et limitera la collecte de données.

«Tout cela fait qu’il est assez urgent de mettre ces essais en route» déclare M. Horby, rappelant qu’un groupe d’experts des maladies à filovirus avait lancé un appel dans le Journal of Infectious Diseases (196:S136 41) en 2007 pour que soient mis au point des vaccins, des traitements et des diagnostics pour Ebola.

«Il existe maintenant une urgence scientifique et si nous voulons trouver une réponse, nous devons le faire pendant l’épidémie. Si nous laissons passer cette occasion, nous aurons à nouveau échoué» déclare M. Horby.

Bien qu’il existe un large consensus sur le potentiel des produits sanguins pour aider les malades d’Ebola à se rétablir, cela reste un traitement expérimental non testé.

«L’idée est d’administrer soit du plasma soit du sang total de convalescent aux patients ayant un groupe sanguin compatible au fur et à mesure que des doses deviennent disponibles, et dans la mesure où certaines personnes ne sont de toutes façons pas sérocompatibles, cela ne rime à rien de refuser ce traitement», déclare David Wood qui dirige l’équipe de la règlementation des vaccins à l’OMS.

«L’essai consiste à comparer les issues de la maladie chez les personnes ayant bénéficié de ce traitement (les cas) à celles obtenues chez les malades d’Ebola qui ne sont pas sérocompatibles avec les unités de sang ou de plasma disponibles mais qui ont reçu un traitement de soutien classique (les témoins)», a-t-il déclaré.

«Le plasma doit être séparé du sang de convalescent. Au Libéria et en Guinée, cette opération est effectuée par une unité mobile offerte et financée par la Fondation Bill & Melinda Gates. Mais on ne sait pas à quel rythme les survivants se porteront volontaires pour donner leurs sang, ce qui fait qu’il est difficile de prévoir combien de temps il faudra pour réaliser les essais» a déclaré M. Wood.

«C’est une thérapie qui n’a pas été testée: il n’y a peut-être aucune valeur ajoutée à utiliser du plasma plutôt que du sang ordinaire dans la mesure où les transfusions sanguines peuvent aider les patients atteints de ces infections. Tout le monde est d’accord sur le fait que les produits sanguins peuvent être bénéfiques mais a-t-on vraiment besoin du sang des survivants?» ajoute-t-il.

Pour M. Horby, il est vital d’entreprendre les essais le plus vite possible, tout en assurant la sécurité des patients et des agents de santé.

«Dans le passé, pendant les flambées de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), grippe aviaire et durant la pandémie de grippe A(H1N1) nous avons été trop lents et l’épidémie a été si rapide qu’elle s’est terminée avant que nous puissions déterminer quels médicaments étaient efficaces contre ces infections. Cette fois, nous avons la possibilité de faire les choses différemment.»


— Mer 18 fev 2015 10:18, lu 526 fois
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